Tu te lèves un matin où t'as pas cours. T'as la bouche pâteuse et les paupières collées. Tu sais que tu as pleuré et que tu t'es mouchée toute la nuit en pensant à elle. Alors tu vas dans le salon avec ta couette et sur toi, encore ton pyjama. Tu prends un pot de nutella et tu te l'enfiles à moitié devant des dessins-animés. Ensuite, tu vas te faire un chocolat chaud, tu le bois devant Skins avec des cookies. Après, tu prends une pomme et une banane, parce qu'il faut manger cinq fruits et légumes par jour. Tu te dis que tout va aller dans tes hanches mais tu t'en fous, t'auras tout le temps de vomir ce que tu as englouti pour essayer d'aller mieux. Tu pars dans la douche, t'as la tête ailleurs et t'as même oublié d'enlever ton pyjama. L'eau est brulante mais tu ne le sens pas, t'es autre part, dans un autre monde; celui de ta tête. Tu penses à elle, toujours. Tu repenses à hier où tu étais au lycée et où tu croyais que tout le monde te dévisageait. Tu repenses au malaise que tu avais, tu ne te sentais pas bien, t'avais envie de dormir. Alors tu fumes. Tu ne sais pas pourquoi mais tu fumes en croyant que tu vas aller mieux avec un truc aussi merdique que ça. Les gens ne t'aiment pas et te regardent en te critiquant. Oui, tu t'es mal habillée aujourd'hui, comme tous les autres jours de la semaine, tous les autres jours du mois et tous les autres jours de ta vie. T'as la tête qui tourne, roule. Ces gens là te rabaissent en un regard mais tu fais comme si tu étais plus forte, plus supérieure à eux, alors tu ne t'éffondres pas tout de suite mais lorsque tu rentres chez toi, là, tu tombes en essayant, en vain, de te relever. Ensuite, tu regardes ton portable pour voir s tu as reçu un sms. T'en as trois qui datent de trois jours. Audrey, Audrey, Papa. Tu ne les regardes pas parce que tu as d'autres choses à faire. Tu redescends les escaliers, tu tombes. Non, en fait tu ne tombes pas mais tu te ramasses la gueule en perdant la moitié de ton cerveau. "Même pas eu mal"; oui, mais tu souffres aussi fort intérieurement qu'extérieurement. T'écoutes Winter - Lux Aeterna et tu sens que des bonshommes bougent dans ta tête. Ils voilent ton rejet et te donnent un peu de liberté. Tu mets cette musique à fond histoire que toute la maison puisse en profiter (ou que, où que tu ailles, tu aies la musique qui te parvienne), de toute façon, tu es seule. Tu n'aurais pas voulu te réveiller ce matin. Tu aurais laissé ton coeur te bouffer. Tu aurais laissé ton désespoir surmonter ta force. Mais personne ne voit ta douleur, t'as envie d'chialer mais tu t'en gardes. Tu t'es noyée. Je me suis noyée. Mais j'y crois encore et je ne me laisse pas mourir.